Interview de Thierry Lepercq, Engie

Membre du comité exécutif du groupe ENGIE, Directeur Général adjoint, en charge de la Recherche & Technologie et de l'Innovation, Thierry Lepercq, fondateur de la société Solairedirect acquise par ENGIE en 2015, nous livre sa vision de l’évolution des systèmes énergétiques et nous explique comment ENGIE compte, en innovant, se positionner sur ce nouvel échiquier.

 

SEE : Pourquoi ENGIE accorde-t-il autant d’importance et de visibilité à l’innovation ?

Thierry Lepercq : L’innovation est un processus indispensable à ENGIE pour faire face à une véritable révolution. Nous ne parlons plus, au sein du groupe, d’une transition énergétique mais de ce qui est bel et bien une révolution énergétique.

 

En réalité, la révolution dont je parle est la conjonction de cinq révolutions. C’est ce qui en fait le caractère unique. C’est aussi pour cela qu’elle a, et aura, autant d’impact !

 

La première révolution est le prix ultra-compétitif de certaines énergies renouvelables, en particulier solaire et éolienne. Il y a 7 ans, le solaire était l’énergie la plus chère ; aujourd’hui, à moins de 30 $/MWh, c’est de très loin l’énergie la moins chère. Les lauréats de récents appels d’offres solaires en Inde ont proposé le MWh à un prix plus de la moitié inférieur au MWh produit à partir du charbon, pourtant roi dans ce pays.

 

Cette baisse des prix, associée au développement des énergies renouvelables, crée une sorte d’abondance énergétique.

 

La deuxième révolution est la baisse du prix des batteries, notamment Lithium-ion, dont le prix a chuté de 80 % au cours des cinq dernières années. Cette tendance concerne également d’autres technologies. Cette baisse des prix du stockage accompagne le développement des ENR et pallie leur intermittence.

 

La troisième révolution est le développement de la mobilité électrique : 700 000 véhicules ont été vendus dans le monde en 2016, 42 % de plus qu’en 2015. Je crois qu’un basculement du marché est envisageable dans les 5 années à venir pour de multiples raisons. L’offre des constructeurs s’est considérablement étoffée. Le coût des véhicules diminue sans compter que le coût de l’entretien d’une voiture électrique est très inférieur à celui d’un véhicule à moteur thermique. L’autonomie des véhicules électriques augmente et dépasse 500 km pour les plus performants. Les infrastructures de recharge se sont largement développées. Enfin, les villes jouent un rôle de catalyseur : à Amsterdam, 100 % des taxis seront électriques dès l’année prochaine ; à Oslo, le centre ville sera inaccessible aux véhicules non-électriques d’ici 2020.

 

Plus encore que l’émergence du véhicule électrique, le véhicule partagé et autonome va profondément remodeler le paysage de la mobilité.

 

La quatrième révolution est le développement de réseaux télécom autour du Cloud et de l’Internet des Objets (IoT), qui se concrétise notamment par l’arrivée des communautés énergétiques. Ces communautés vont bouleverser les systèmes existants et nécessiter la mise en place de conditions de fonctionnement propres, notamment pour assurer leur stabilité de fonctionnement.

 

La dernière révolution, et peut-être la plus importante, est celle de l’hydrogène. Car pour répondre aux besoins de consommation hivernale, nous avons besoin d’une énergie, stockable en masse, donc pas en batterie. L’hydrogène produit par électrolyse de l’eau pourra alimenter aussi bien des applications domestiques que le besoin des transports. Son émergence impactera donc autant nos systèmes énergétiques traditionnels que les constructeurs automobiles et l’industrie pétrolière.

 

 

ENGIE Cofely devient la première entreprise à s’équiper d’une flotte de 50 véhicules utilitaires électrique-hydrogène en France.

 

SEE : Quelles sont les premières réactions d’ENGIE à cette révolution ?

 

Thierry Lepercq : ENGIE se positionne sur chacun des points que je viens d’évoquer. Voici quelques exemples :

Nous avons procédé à d’importantes dépréciations d’actifs charbon et nous investissons fortement dans de nouvelles capacités renouvelables.

Nous avons pris une participation dans SymbioFCell, une société française qui a développé un prolongateur d’autonomie à base d’hydrogène pour véhicule électrique.

Nous avons fait l’acquisition d’EV-box, une société néerlandaise, leader européen des infrastructures de recharge avec 500 00 bornes installées.

Via notre filiale Tractebel, nous avons démontré, dans le cas de Bruxelles, qu’un développement de voitures autonomes et partagées pouvait conduire à un véritable bouleversement de la mobilité : quasi suppression des bus, diminution de 90 % du nombre de véhicules en circulation, diminution de moitié du temps de trajet moyen entre banlieue et centre ville.

 

SEE : Nous venons d’évoquer des évolutions technologiques qui conduisent à une décentralisation des systèmes énergétiques. Comment voyez-vous, à terme, s’établir l’équilibre entre systèmes globaux et systèmes locaux?

 

Thierry Lepercq : Décentralisation et centralisation des systèmes ne s’opposent pas. Bien au contraire !

Au-delà des évolutions que nous évoquons, l’énergie nécessite des infrastructures, coûteuses, longues à rentabiliser. Plus ces infrastructures se décentralisent, plus elles doivent s’intégrer dans une dimension centralisatrice forte : centralisation, par exemple, des données nécessaires pour gérer ces nouvelles infrastructures et pour assurer leur stabilité de fonctionnement. Cela se fera par le biais de plateformes mondiales, peu nombreuses.

Je crois à un modèle de type « Stadtwerke + cloud » : le coté Stadtwerke illustre le caractère nécessairement local, proche des consommateurs, intégré, des infrastructures tandis que le coté « Cloud » fait référence au besoin d’algorithmes de traitement des données.

 

SEE : Comment se structure ENGIE face à ces enjeux d’innovation ?

 

Thierry Lepercq : Nous avons créé ENGIE Fab, en nous inspirant de la Moonshot factory de Google. C’est à la fois un lieu spécifique situé au cœur de Paris, et une démarche globale d’innovation visant à créer un écosystème innovant et à co-construire nos solutions de demain.

 

ENGIE Fab est en charge de cinq grands chantiers, correspondant aux cinq grands métiers d’ENGIE : les renouvelables pilotables, liés au métier de la production d’électricité bas carbone, l’hydrogène produit à grande échelle en lien avec le métier des infrastructures, les communautés énergétiques avec le métier des solutions clients B2C, le « building as a service » avec le métier solutions clients B2B et les nouvelles mobilités reliées au métier solutions décentralisées pour les villes et les territoires.

 

SEE : Cette organisation ne concerne-t-elle que des initiatives internes ?

 

Thierry Lepercq : Au contraire, chaque entité du groupe est orientée pour répondre aux attentes des clients. Nous travaillons par exemple avec six régions françaises dans une optique 100 % renouvelable. Nous sommes engagés avec elles dans un partenariat global.

 

 

Panneaux solaires photovoltaïques de la centrale du Mouruen, dans le Var.

Référence 309024 Copyright ENGIE / LIONEL BARBE – MYDRONE

 

 

SEE : Comment, fort de cette vision et de ces premières actions, situez-vous ENGIE par rapport à ses concurrents ?

 

Thierry Lepercq : Compte tenu des éléments que je viens de développer et du plan de transformation de l’entreprise qui a été initié début 2016, je peux affirmer qu’ENGIE est en très bonne position.

De façon générale, le monde occidental sous-estime les ruptures et les bouleversements en cours, peut-être parce que le développement d’activités nouvelles va faire peser des menaces sur certaines activités existantes.

 

En Chine, la situation est différente. Ils ont moins de positions à défendre. Ils innovent et développent leurs propres solutions. Ils ont su créer Alibaba, Baidu ou Tencent. Ils ont su également développer une vision proche de la nôtre de l’évolution des systèmes énergétiques. Nous suivons avec attention des évolutions comme celle d’Envision, promoteur et développeur de l’internet de l’énergie.

En ce qui concerne ENGIE, nous avons eu le courage d’affronter la situation et d’amorcer une mutation profonde du groupe. La question désormais est de savoir quelles plateformes mondiales de l’énergie vont s’imposer. Nous pensons sincèrement qu’Engie peut réussir à imposer l’une d’elles.

 

 

Interview Thierry Lepercq

Directeur Général Adjoint en charge de la R&D et de l’innovation

 

ENGIE

 

 

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