Interview d'Olivier Baud, Energy Pool

Fondateur et dirigeant d’Energy Pool, Olivier Baud nous éclaire sur son métier, l’ajustement de la demande, sur son évolution et la place qu’il tend à prendre au sein de la gestion de plus en plus complexe des systèmes énergétiques.

 

SEE : Parlons tout d’abord de votre métier. On vous définit tour à tour comme agrégateur d’effacement, gestionnaire d’équilibre ou encore opérateur de flexibilité. Qu’en est-il exactement ?

 

Olivier Baud : Pour vous expliquer les différents modes d’intervention sur la demande électrique, je vous propose de regarder quels sont les enjeux de la gestion énergétique des pays émergents ou comment cette gestion a évolué dans notre pays.

 

Pour la plupart, les pays émergents manquent de capacités de production et sont en situation de pénurie électrique. Ils sont dans la situation de la France d’après guerre. Il leur est parfois impossible de servir la demande. La solution est de délester les clients moins prioritaires. En général, la priorité est donnée à l’industrie et à l’économie et on déleste les particuliers. La question est donc d’ordre politique et la réponse consiste à construire des infrastructures et à arbitrer sur « qui on coupe ?»

 

Dans les pays en croissance, les capacités de production augmentent régulièrement et courent après l’aptitude à passer la pointe. L’Arabie Saoudite illustre bien ce cas qui correspond à ce qu’a connu la France jusqu’aux années 2000 : ils mettent en service 5GW supplémentaire chaque année. Dans ces pays, on manque d’électricité quelques jours par an. La priorité est donc d’écrêter les pointes. Nous sommes alors pourvoyeurs d’effacements.

 

Dans les pays occidentaux, la demande est quasi-stable mais les écarts entre périodes de basse consommation et périodes de haute consommation se creuse. Schématiquement, en France, le pic de consommation journalier est 70% plus élevé que la consommation plancher. Il en est de même des consommations hebdomadaire ou mensuelle. Les infrastructures sont de plus en plus nombreuses mais de moins en moins chargées. En Allemagne, pendant 20% du temps, le pays dispose d’un excédent d’électricité de 30% par rapport aux besoins. Aujourd’hui, en France, alors que la variabilité de la consommation augmente, la flexibilité et l’adaptabilité de l’outil de production diminue. Nous répondons alors à un besoin d’adaptation de l’offre à la demande.

 

Chaque définition que vous donnez a du sens, chacune correspondant à un stade d’évolution précis des systèmes énergétiques.

 

 

SEE : Le monde énergétique est en pleine mutation. Au milieu de ces changements, quelle trajectoire suivez-vous ?

 

Olivier Baud : On observe une multiplication et une complexification des ressources énergétiques : aux ressources traditionnelles, s’ajoutent des productions décentralisées, des consommateurs au comportement énergétique en pleine évolution, des capacités de stockage ; et en même temps, des désinvestissements dans les installations thermiques de secours.

 

Les acteurs gestionnaires de ces ressources et flux énergétiques, toujours plus nombreux, ont besoin de plus en plus de flexibilités : les gestionnaires de réseaux de transport pour assurer sur leur périmètre l’équilibre production-consommation et pour assurer une sécurité optimale d’approvisionnement, les marchés de l’électricité, les gestionnaires d’équilibre, les gestionnaires de distribution pour éviter les congestions sur leurs réseaux et assurer la « fluidité » des électrons.

 

Forts de nos expériences, nous fournissons désormais, dans toutes les situations, à tous ces acteurs, de la puissance te de l’énergie flexibles à bas coût et à bas niveau d’émissions de CO2.

 

Cette vocation définit notre trajectoire au gré des évolutions des acteurs, des technologies, des ressources énergétiques et des usages de la flexibilité fournie.

 

Notre ligne rouge est le domaine des consommateurs résidentiels. Adresser leur besoin d’équilibre est un autre métier : ce n’est pas le notre.

 

 

SEE : Qu’est-ce qui fait aujourd’hui de vous le leader Européen, voire mondial ?

 

Olivier Baud : Au delà de notre expérience et des nombreuses situations dans lesquelles nous avons su répondre aux besoin de nos clients, nous nous efforçons de comprendre l’intérêt collectif, de promouvoir des solutions globalement adaptées aux besoins de nos clients.

 

Nous ne faisons pas de promesses inconsidérées, notamment en terme de rémunération cible, afin de créer de la valeur durable et de la partager.

 

Nous avons aussi su développer une intimité avec nos clients industriels dont nous comprenons en détail les enjeux économiques, industriels et organisationnels. Nous sommes donc capables d’exploiter des flexibilités au niveau d’une machine ou de l’ordonnancement de plusieurs centres de charge, jusqu’à la seconde, et en sécurité.

 

SEE : Revenons à votre métier. D’autres solutions contribuent à l’ajustement de l’offre à la demande, par exemple le stockage. Comment vous positionnez-vous par rapport à lui ?

 

Olivier Baud : Le stockage peut être un complément à nos activités. Nous avons détecté quelques niches où on peut développer, de manière rentable, une complémentarité entre stockage et ajustement de la demande. Ce sont des applications où le besoin de stockage est un stockage de puissance mis à disposition de mécanismes d’ajustement.

 

Le stockage peut aussi être considéré comme une alternative à l’ajustement de la demande. Ce dernier, le Demand Response comme l’appelle les anglo-saxons, est lui même un système de stockage et de déstockage. Nos clients industriels regorgent de stocks que nous exploitons au bénéfice des réseaux électriques. Par exemple, nous valorisons le stock de pierres concassées d’un cimentier comme un stockage/déstockage d’énergie bien moins cher que les batteries. De manière générale, tous les process industriels discontinus peuvent être considérés comme des capacités de stockage/déstockage infiniment moins coûteux que les batteries.

 

 

SEE : Comment évolue aujourd’hui le besoin de flexibilité de consommation dans notre pays?

 

Olivier Baud : Plusieurs phénomènes parallèles ont pour conséquence d’augmenter le besoin de flexibilité de la consommation.

 

Parmi eux, le développement des énergies intermittentes tend à renforcer le besoin de flexibilités pour équilibrer les réseaux électriques. Le désinvestissement progressif d’unités de production thermiques, indésirables au regard des objectifs de baisse des émissions de CO2, mais aussi insuffisamment rentables dans les conditions de marché actuelles, demande à être compensé par une augmentation des flexibilités de consommation. A titre d’exemple, la capacité de production française est passée en 10 ans de 120 à 140 GW alors que la capacité à passer la pointe a diminué de 102 à 92 GW.

 

Il est également nécessaire, dans nos pays occidentaux, d’améliorer la rentabilité des capitaux investis dans la production d’électricité en augmentant le taux de charge de chaque équipement. Il est temps de limiter certains surinvestissements en développant l’ajustement de la demande à l’offre plutôt que de poursuivre le développement de l’offre.

 

SEE : N’y a-t-il pas, derrière cette évolution, un paradoxe quant à la rémunération de la flexibilité entre l’envie de la diminuer et le besoin de l’augmenter ?

 

Olivier Baud : Tout à fait. On peut comprendre la volonté des gestionnaires de réseaux de transport, gestionnaires de l’équilibre de leur réseau, de rendre leurs services système moins coûteux.

Mais l’ajustement de la demande est d’autant plus coûteux que les charges activées sont petites et distribuées. Un niveau de rémunération donné détermine donc un seuil de puissance en deçà duquel l’activation des flexibilités ne sera pas rentable. Ainsi, l’augmentation du besoin de flexibilités de consommation doit se traduire par une augmentation du nombre de charges, de machines, d’installations pouvant participer à ces mécanismes de flexibilité et, pour ce faire, par une augmentation des prix unitaires de puissance ou d’énergie flexible.

 

A défaut d’augmentation de ces rémunérations, l’équilibre des réseaux et la rentabilité globale des systèmes énergétiques vont être de plus en plus problématiques.

 

 

SEE : Quelles seraient les conditions favorables à une meilleure réponse aux besoins de flexibilité ?

 

Olivier Baud : Deux points méritent d’être considérées rapidement.

La première est la possibilité de déléguer la responsabilité de l’équilibre de l’ensemble d’un périmètre donné du réseau, périmètre géographique réel ou périmètre virtuel obtenu par agrégation. Les modèles turcs ou suisses sont intéressants à ce titre. Cette condition permettrait de bénéficier plus aisément de flexibilités disponibles au niveau de machines isolées, activables de manière moins souple au niveau d’un gestionnaire de réseau de transport.

 

La deuxième serait de faciliter une contractualisation à plus long terme avec les industriels de leur participation aux différents mécanismes d’ajustement. Cela leur permettrait d’investir pour devenir des pourvoyeurs encore plus importants de flexibilités.

 

Nous estimons qu’une telle mesure leur permettrait de développer une production à base d’énergies renouvelables et d’atteindre un prix plancher de l’électricité voisin de 30€/MWh sans émission de CO2. Cela aurait un impact fort sur la compétitivité de certaines industries, sur une compétitivité accessible sur notre sol national. De plus, les énergies renouvelables deviendraient, grâce à l’ajustement de la demande, un vecteur de performance de l’économie.

 

 

Interview Olivier BAUD

Fondateur et Dirigeant

 

ENERGY POOL

 

 

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